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Les vrais chiffres du quotient familial |
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Ces trois corrections étant apportées, la courbe ci-dessus se transforme en une sorte de cuvette permettant des interprétations plus nuancées qu'un discours à l'emporte-pièce sur l'iniquité du quotient familial.
Notre proposition de distribuer 200 € par mois pour chaque enfant jusqu'à 18 ans, à la place de l'échafaudage redistributif actuel, génère des gagnants et des perdants, bien visibles sur ce graphique. Les gagnants sont les classes moyennes et modestes, qui gagneraient de l'ordre de 20 à 40 €/mois par enfant en moyenne. Les perdants sont concentrés aux deux extrémités de la distribution. Pour les plus démunis (comptant statistiquement 0,47 enfants par foyer social), une diminution de l'aide sociale de l'ordre de 30 €/mois en moyenne correspond à un budget national annuel de 540 M€ qui pourrait être affecté à des mesures spécifiques d'accompagnement. A l'opposé, les plus hauts revenus verraient une perte d'une vingtaine d'euro pour le dernier décile et de moins de 150 €/mois par enfant pour le dernier millile. Avec des revenus souvent supérieurs à 10 k€/mois, l'impact financier pour les foyers concernés est à relativiser ! Les résultats énoncés ici sont des moyennes pour l'ensemble des familles. Si on restreint l'analyse aux familles nombreuses (à partir de 3 enfants), le montant de 200 €/mois est un peu inférieur à la somme des aides actuelles. A l'inverse, les familles avec un ou deux enfants verraient leur situation notablement améliorée. On ouvre ici une discussion sur l'opportunité de perpétuer ou pas la règle historique qui renforce les allocations familiales et l'effet du quotient familial à partir du 3ème enfant. Sur ce point, effectivement, les avis peuvent légitimement diverger. A tout cela, on pourrait superposer l'analyse de la redistribution induite par la progressivité des tarifs des crèches et cantines scolaires. BLANPAIN (2009) a mis en évidence que la part des revenus consacrés à la garde d'un enfant est relativement stable, entre 5% et 7%, quelques soient les ressources du ménage, dans le cas de la garde en crèche ou par une assistante maternelle agréée. De facto, les familles aisées subventionnent les familles aux revenus plus faibles (à Paris, une même place en crèche peut être payée 60 € ou 600 € par mois). Graphiquement, cet effet se traduirait par l'adjonction d'un profil redistributif décroissant de la gauche à la droite, creusant encore la cuvette ci-dessus. Là aussi, la diversité des opinions est légitime, concernant l'opportunité de cette redistribution spécifique. Enfin, on pourrait encore évoquer les aides personnelles au logement, qui incorporent dans leur calcul le nombre d'enfants des ménages demandeurs. Ces aides sont centrées sur les bas revenus, renforçant encore la partie gauche du graphique... En conclusion, j'invite les défenseurs d'une politique familiale juste et généreuse à ne pas se tromper de combat. Beaucoup défendent un quotient familial qui a pour eux la vertu de diminuer leur impôt de façon visible. Par contre, les mêmes ignorent bien souvent que d'autres prestations conditionnelles leur sont inaccessibles, qui modifient radicalement le bilan redistributif du système socio-fiscal actuel à l'égard des enfants. La redistribution s'analyse classiquement par la coexistence de deux logiques : les transferts verticaux (des plus riches vers les plus démunis) et les transferts horizontaux (entre situations différentes, indépendamment de la capacité financière). Le quotient familial est une sorte de "redistribution trapézoïdale" où le transfert horizontal des ménages sans enfant vers ceux avec enfants est d'une ampleur croissante avec le niveau des revenus. C'est une anomalie. Chacun devra bien accepter un jour que seule une règle
égalitaire répond à l'objectif du "mieux vivre
ensemble" qui légitime la redistribution à l'échelle
d'un pays. Marc de Basquiat
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